L’assainissement conventionnel

Le plus ancien égout connu est le Cloaca Maxima construit à Rome à la fin du VIIe et au début du VIe siècle avant J.C. Toutefois les égouts romains ont été abandonnés au IIIe siècle après J.C. en raison de difficultés économiques et politiques.

En Europe, pendant de nombreux siècles, c’est la latrine et le pot de chambre qui dominent sans valorisation particulière et avec les problèmes sanitaires qu’on connaît. Les toilettes à chasse d’eau sont inventées en 1595 par l’anglais John Harington, filleul de la Reine d’Angleterre. En 1778, Joseph Bramah, invente le système de chasse d’eau à valve et à siphon encore en usage de nos jours.

Dés la fin du XVIIIe siècle, des collectes urbaines des vidanges des latrines sur fosses sont organisées dans les villes afin d’évacuer les excrétas et surtout de les valoriser pour l’agriculture. Bridet invente ainsi en 1784 la « Poudrette », engrais produit à partir de la dessiccation des matières de vidange (excrétas). Au milieu du XIXe siècle, Blanchard et Château « traitent à Toulouse les vidanges de 10000 à 12000 personnes » et en tirent un « engrais composé » [1].

Au début du XIXe siècle à Paris, le réseau d’égout est encore peu développé, mais la grande épidémie de choléra de 1832 va amplifier le développement de l’égout. Le décret du 26 mars 1852 stipule que “toute construction nouvelle dans une rue pourvue d’égout devra être disposée de manière à y conduire souterrainement les eaux pluviales ou ménagères". On notera que les égouts ne sont alors pas destinés à recueillir les urines et matières fécales. Le Préfet de la Seine dans l’Arrêté du 2 juillet 1867 autorise “l’écoulement des eaux-vannes dans les égouts publics par voie directe” puis la Loi du 10 juillet 1894 rendra obligatoire le raccordement à ce qui est devenu le tout à l’égout.

En 1870 pourtant, l’ingénieur Charles de Freycinet définit l’épuration des eaux d’égout comme étant « la restitution à la terre des principes fertilisants qu’elles contiennent et le retour aux rivières des liquides dépouillés de leurs éléments corrupteurs. » [2] Les deux enjeux de l’assainissement sont à l’époque « la salubrité et la nécessité agricole » [3]. Ces enjeux ont été peu à peu perdus de vue au fur et à mesure que les villes se sont agrandies, étalées et ont rompu le lien avec leurs campagnes.

Aujourd’hui, l’assainissement conventionnel se décline sous deux modes :
- collectif : le tout à l’égout et ses stations d’épuration
- non-collectif : fosse toutes eaux et épandage souterrain le plus souvent (micro-stations, ou filtres à sable)

Sous ces deux modes, l’assainissement conventionnel conduit à l’épuisement des ressources naturelles et à la pollution des milieux aquatiques. En effet, les ressources nutritives (N, P, K) qui auraient leur place dans le sol constituent dans l’eau une source de pollution (eutrophisation des milieux). A ces impacts sur l’environnement s’ajoute le rejet après stations d’épuration des germes pathogènes et résidus médicamenteux présents dans nos excrétas qui sont à l’origine d’un nombre considérable d’intoxication par l’eau potable (gastro-entérites notamment) et de graves perturbations endocriniennes chez les poissons.

Ces systèmes d’assainissement conventionnel sont très coûteux à l’investissement comme au fonctionnement. Dans le contexte actuel de privatisation des services publics d’assainissement, qu’il s’agisse de la collecte, du traitement ou du contrôle des installations, le coût et la gouvernance de l’assainissement posent question.

Notes :

[1Sabine Barles, L’invention des déchets urbains : France, 1790-1970, Éditions Champ Vallon, 2005, p.77

[2Charles de Freycinet, Principes d’assainissement des villes, Paris, 1870, p.161

[3ibid.