Bilan de gestion du composteur partagé de Saint Girons Voir la version PDF

Après 18 mois de gestion bénévole d’un site de compostage partagé et à 13 mois de l’obligation de tri à la source des résidus organiques, un bilan questionnant !

Le 24 juillet 2020, nous inaugurions le premier site de compostage partagé à Saint Girons.

En préalable nous avons animé deux ateliers de réflexion suivi de la présentation du projet et d’une discussion sur le compost. Puis nous avons mis en service un premier composteur grâce aux apports de résidus organiques apportés par des habitantes du quartier et des clientes.

Fin octobre le premier composteur est plein, nous mettons en service le deuxième. Fin avril nous mettons à disposition le compost mur après 6 mois sans apport de matière fraîche et avec brassage régulier du tas. Il en sera de même à chaque changement de composteur. Dix mois après la mise en service nous installons un quatrième composteur.

Le onzième mois nous proposons de fêter l’anniversaire avec des ateliers de réflexion collective l’après-midi et un apéritif offert par la Biocoop et le SICTOM pour conclure.

Action

Nous avons assuré une permanence hebdomadaire pour accueillir les rares personnes venues vider leurs seaux pendant notre créneau d’une heure, discuter des paramètres à respecter et des gestes importants. À chaque fois c’était l’occasion d’observer et de brasser les contenus des composteurs, de les équilibrer par apport de matière sèche ou humidification.

Nous avons animé une demi-douzaine de séance de sensibilisation ainsi qu’une chasse au trésor avec le LAE d’une école du quartier.

Il a été difficile de se procurer et de stocker de la matière sèche en quantité suffisante. Le SICTOM nous a fourni du BRF, trop vert il avait tendance à favoriser la prolifération de moucherons et la putréfaction. Heureusement que la Bioccop produit du carton à recycler en grosse quantité, pendant une partie des permanences nous avons été occupé à déchiqueter.

Parfois le compost à maturité est resté longtemps dans le bac, cela s’explique sans doute par le fait que la majorité des personnes venant déposer vivent dans des espaces sans extérieur.

Bilan

L’expérience est intéressante techniquement parlant, les bacs se remplissent à une allure croissante, les contenus sont corrects en terme de types d’apports peu de chose à retirer, signe d’une bonne compréhension de la différence entre résidu organique et déchet.

Au niveau du résultat c’est mitigé. Bien que certaines personnes soient venues régulièrement par période, aucune ne s’est investie dans la gestion du site sur la durée, que ce soit pour venir brasser, pour soutenir, pour veiller à l’équilibre du compost, pour amener de la matière sèche, pour partager un moment… Nous ne sommes pas arrivées à créer une dynamique pour passer du statut de consommateurice à celui d’acteurice.

Nous nous sommes lancés dans cette aventure à la demande d’une habitante du quartier soucieuse de ne jeter ses résidus organiques à la poubelle. Grâce à sa participation active et dynamique nous avons géré ensemble ce site pendant 18 mois [1].

Et maintenant

9 mois après avoir transféré le suivi du site à l’organisme de la Communauté de Communes Couserans Pyrénées en charge du traitement des déchets, nous constatons avec inquiétude que la gestion est à minima, il n’y a plus de permanence ni d’animation de sensibilisation, et dans Saint Girons aucun autre site n’a vu le jour.

Le compte à rebours est lancé, dans 13 mois il en sera fini des résidus organiques dans les poubelles. Le tri à la source des biodéchets sera obligatoire à partir du 1° janvier 2024 pour tous les particuliers et les professionnels. Nous nous en réjouissons, bien conscients des nuisances apportées par le traitement actuel des résidus organiques, telle la pollution des sols et de l’eau en cas d’enfouissement, la production de GES par le tassement en décharge [2], le gaspillage énergétique quant il s’agit de les brûler [3].

Suite à notre petite expérience locale nous nous interrogeons : par quel coup de baguette magique la politique actuelle de l’autruche va basculer en 1 an vers une prise en charge effective de ce sujet primordial, rendre à la terre ce que nous lui avons pris pour nous nourrir !

[1Cette magicienne-composteuse a rédigé un compte-rendu pour passer le relais

[2D’après un rapport du BRGM datant de 2008 environ 7 % des émissions de méthane en France proviennent des centres de stockage de déchets

[3les biodéchets sont composés de 60 à 90% d’eau, leur combustion favorise la formation de dioxines et émet du CO2 dans l’atmosphère

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